THAÏ PHRIK THAÏ: UNE ENSEIGNE QUI NE MANQUE PAS DE PIQUANT!

S'inspirant directement du nom du parti de M. Thaksin Shinnawat, "Thaï Rak Thaï" (i.e. les Thaïs aiment les Thaïs), une chaîne de restaurants s'est baptisée "Thaï Phrik Thaï" (i.e. les Thaïs pimentent les Thaïs), remplaçant d'ailleurs le mot thaï "Phrik" par un pictogramme représentant un beau piment à l'aspect plutôt savoureux... Une façon habile de récupérer un slogan désormais célèbre pour surfer sur la vague de popularité du Premier Ministre: du merchandising aux petits oignons!

PATTAYA : DES INDIENS DANS LA VILLE
(ou "My tailor is rich", par la bonne vieille méthode Assimil)

Discrets mais efficaces, ils sont une composante de l'identité pattayenne, et ce pratiquement depuis que ce paisible petit village de pêcheurs s'est mis à séduire (!) les investisseurs locaux et étrangers. Au début, ils venaient du nord de l'Inde, principalement du Pendjab (i.e., panch-ab, les 5 rivières), mais de nos jours, on trouve aussi des Pakistanais, des Bangladais et même des Birmans d'origine népalaise. Pour les Thaïs, ce sont tous des "khaik hindou" (un terme générique, comme… "farang"), même si beaucoup sont musulmans (ou sikhs, portant barbe et turban, dont la doctrine, élaborée à la fin du 15ème siècle par Gourou Nanak, s'inspire à la fois du brahmanisme et de l'islam).

Si, en France notamment, ils excellent dans la restauration, à Pattaya par contre, leur domaine de prédilection est la confection sur mesure. Certains semblent être nés le crayon à l'oreille et le centimètre porté comme un scapulaire! Pour eux, prendre vos mensurations est une seconde nature, sinon la première. Très entreprenants et laborieux, ils essaiment dans tous les centres touristiques du royaume de Siam: Bangkok, Phuket, Koh Samui, Chiangmai… Ils ont évidemment les occidentaux pour cible principale.

Comme tous ceux qui ont la bosse du commerce, ils ne comptent pas les heures à l'atelier ou à la boutique, obtiennent les meilleurs rapports qualité-prix (de leurs fournisseurs, sous-traitants et autres prestataires de service), travaillent en famille et réinvestissent leurs gains rapidement afin de multiplier les points de vente. Ils savent, en fins stratèges, très bien s'adapter au terrain et aux circonstances. On les trouve souvent implantés dans les halls et les galeries marchandes des hôtels de luxe. Ils ont naturellement beaucoup de bagout, maîtrisent le thaï et l'anglais, en plus de leur patois d'origine, ainsi qu'une ou deux autres langues indiennes (et quelques uns apprennent même le français… des affaires).

Les plus aguerris ont des "fichiers clients" tellement remplis qu'ils peuvent se permettre d'aller en Europe faire la tournée des popotes, au moins une fois l'an, pour prendre directement les commandes et renouveler leur clientèle (parmi les parents, amis ou voisins de leurs accointances)

A Pattaya, beaucoup d'Indo-Thaïs sont multipropriétaires (maisons, immeubles, commerces) et mettent leurs enfants dans les meilleures écoles (i.e. les plus chères), mais il n'est pas rare de les voir livrer eux-mêmes leurs costumes au guidon d'une mobylette toute déglinguée (et qu'on ne risque pas de leur voler). Malgré une certaine méfiance des Thaïs à leur égard, ils s'intègrent très bien socialement tout en restant farouchement endogames (i.e. ils ne se marient pas en dehors de leur caste) et observent d'ailleurs cette règle dans tous les pays où ils ont pris racine.

Car il faut dire au passage que la diaspora indienne a une chronologie qui remonte loin dans les annales. Cette "dispersion" s'est d'abord opérée en Asie du sud-est tout au long des quinze premiers siècles de notre ère (cf. George Coedès, Les États hindouisés d'Indochine et d'Indonésie). Les temples d'Angkor au Cambodge en sont la plus belle illustration. A Bangkok, sur Sanam Louang, l'esplanade royale, chaque année, le 8 mai, le rituel sacré des Labours est célébré par les Bakous (i.e. "brahmanes du palais"), descendants de prêtres indiens. Parallèlement, il y a eu des influences hindoues en Malaisie depuis l'aube de l'histoire mais cet hindouisme antique a peu de traits communs avec celui pratiqué de nos jours (malgré l'islamisation) et qui est hérité des Tamouls venus du sud de l'Inde au 19ème siècle.

En effet, notamment après l'abolition de l'esclavage en 1833 (mais seulement en 1848 pour la France, à l'initiative de Victor Schœlcher), les Britanniques avaient "invité" des centaines de milliers d'Indiens à partir travailler dans les mines et plantations, ou simplement comme petits fonctionnaires, dans leurs colonies asiatiques, africaines ou antillaises. Presque tous, bien sûr, s'y sont installés définitivement, prenant racine et finissant par former des communautés durables et florissantes. On estime de nos jours à plus de vingt millions d'âmes la population d'origine indienne à travers le monde (et jusque dans les boutiques détaxées de la principauté d'Andorre, jouxtant les Pyrénées ariégeoises!).

Au moment de l'indépendance de l'Inde en 1947 (cette nuit, la liberté!) et surtout de la "Partition" (création du Pakistan) qui s'accompagnât d'affrontements communautaires d'une extrême violence (un million de morts), bon nombre de Pendjabi (en particulier ceux qui se retrouvaient du mauvais côté de la frontière) décidèrent de s'exiler vers des contrées plus paisibles. Beaucoup d'entre eux le firent par bateau, de Karachi ou de Calcutta, et débarquèrent à Penang (Malaisie) pour ensuite remonter par voie terrestre vers la Thaïlande (où certains avaient déjà des parents). Selon les témoignages assez concordants des Indo-Thaïs établis à Pattaya, leurs pères ou grands-pères auraient choisi le fier royaume de Siam pour son accueil, sa tolérance et sa bonne disposition envers les natifs d'un pays qui était la patrie du bouddhisme. Ils savaient qu'ils pourraient y mener tranquillement leurs affaires commerciales tout en observant leurs pratiques religieuses sans déranger quiconque.

Plus récemment, dès 1965, pendant la guerre du Vietnam, les bases américaines se sont multipliées en Thaïlande (comme à Utaphao, par exemple, qui se trouve à ±35km de Pattaya) pour servir de soutien logistique aux troupes de l'Oncle Sam. Des dizaines de milliers de G.I.'s (sigle de l'anglo-américain "Government Issue", voulant bizarrement dire "soldat de l'armée"!) se sont donc retrouvés postés de ce côté-ci du Mékong. Les Indiens déjà sur place ont très vite compris où se trouvaient leurs intérêts de négociants en textiles.

Une douzaine d'années auparavant, lors de la guerre de Corée (1950-1953), il y avait eu un précédent historique dans la profession: les tailleurs (chinois et… indiens) de Hong Kong avaient prospéré grâce aux "boys" qui y venaient, durant leurs permissions, se payer des costards sur mesure et à un prix bien meilleur marché que les vêtements fabriqués en série aux USA. Pour les "Mister Singh" et associés, la dynamique était lancée. Après la chute de Saïgon (1975), les touristes ont remplacé les soldats au pays du sourire et les nouveaux hérauts de la machine à coudre ont fait venir leurs parents, leurs cousins, leurs amis.

Mais tous ne sont pas "habilleurs", loin de là. Beaucoup, à Bangkok notamment, œuvrent et opèrent dans la finance, le juridique, l'informatique, l'édition, les industries de pointe (tout comme aux États-unis où ils constituent, parmi les immigrants et depuis quelques décennies déjà, une des minorités les plus entreprenantes et les plus prospères). Selon un rapport récent du gouvernement indien, la Thaïlande compterait officiellement soixante-dix mille citoyens thaïs d'origine indienne et quinze mille Indiens "non-résidents", i.e. détenteurs d'un passeport indien et séjournant régulièrement en Thaïlande, sans compter le nombre croissant de touristes indiens qui viennent désormais user de leur [nouveau] pouvoir d'achat lors de circuits organisés bien sûr… par des voyagistes d'origine indienne. La boucle est bouclée.

A toutes fins utiles, précisons que le terme "hindou" désigne l'adepte de la religion alors qu'Indien fait référence au citoyen, lequel n'est pas forcément toujours hindou, puisqu'il peut être aussi bien musulman, chrétien, bouddhiste, jaïniste, sikh, animiste, panthéiste ou même athée…

POUR EN FINIR AVEC LA [MAUVAISE] IMAGE DE PATTAYA

Il s'est dit beaucoup de choses au sujet de cette ville, et parfois les pires critiques viennent de gens qui n'y ont jamais mis les pieds (ni les mains), ou qui y sont arrivés avec des idées préconçues pour repartir aussitôt sans analyse objective. Certains résidents occidentaux évitent d'écrire "Pattaya" sur leur adresse (personnelle ou professionnelle) en ne mettant que le code postal, tant ils craignent d'être mal vus s'ils doivent se rendre à l'étranger faire des démarches. Beaucoup de guides de voyage n'accordent que quelques lignes à Pattaya, sans parler de ceux qui, "Le guide du Routard", par exemple, découragent franchement leurs lecteurs de venir ici. Cet ouvrage franchouillard, pour ne pas dire ringard (plus de 30 ans d'existence et toujours pas déridé), taxe la ville de "Sodome et Gomorrhe de l'Orient": évidemment, vus par des boys-scouts, certains quartiers peuvent paraître plus coquins et branchés que la fête paroissiale ! Et bien, cette prise de… position est plutôt surprenante, car il n'arrive ici rien de pire que dans les quartiers chauds de la vieille Europe, comme à Amsterdam, Hambourg, Londres ou Paris. C'est l'histoire de "La paille et la poutre" : faudrait peut-être relire vos Evangiles, messieurs-dames ! Et Jésus ne jetait pas la pierre, Lui ! En outre, on est beaucoup plus en sécurité à Pattaya : ici, au moins, la douceur de la nuit n'est pas troublée toutes les 5mn par les sirènes hurlantes de voitures de police ou d'ambulances, car le taux de criminalité y est très bas. Bien sûr, il se passe des choses comme partout, et chaque semaine, entre autres, l'hebdomadaire anglophone "Pattaya Mail" relate des évènements déplaisants, mais peu nombreux en regard d'une population qui avoisine les 100 000 personnes (touristes compris). La police fait un travail fantastique concernant la prévention de la prostitution infantile et le trafic de drogue. Il règne une atmosphère conviviale, pour ne pas dire bon enfant. Les comportements agressifs et vulgaires sont rares : on se croirait dans une grande kermesse permanente !


Tout cela fait que Pattaya est en train de devenir un site touristique pour vacances familiales (et lunes de miel), après avoir attiré, n'ayons pas peur de le dire, une clientèle presque essentiellement masculine (il n'empêche qu'ici, les "hôtesses" jouissent [sic] d'une liberté totale, hormis la contrainte venant de leur situation économique : elles sont souvent "soutien de famille"). De plus en plus de paisibles retraités occidentaux viennent passer ici une grande partie de l'année, quand ce n'est pas tout "le reste de leur âge", afin de profiter de la "Dolce Vita" offerte à tous. Et parmi la population active, beaucoup sont ceux qui y font des séjours réguliers depuis plusieurs années, tel est le charme irrésistible de la ville. Un de ses nombreux avantages est que vous pouvez ici croiser ou rencontrer des gens venus du monde entier, de tous les "horizons", et pas seulement du genre frustré, mais aussi des personnalités créatives et dynamiques. Quant aux Thaïs, ils ne sont guère affectés par le charivari touristique et continuent de suivre leurs croyances et traditions, parfois regardant d'un œil amusé (ou condescendant) ces individus bizarres appelés "touristes" (ou "farangs", c.a.d. occidentaux).


Grâce à la qualité de son parc hôtelier, ainsi qu'à son esprit d'ouverture, Pattaya est également le lieu de rencontres internationales (forums, colloques, symposiums, séminaires, foires, festivals, spectacles folkloriques, concours de photographie artistique, marathons, régates, tournois de tennis, badminton, golf, etc.). La ville compte désormais 5 écoles et 4 hôpitaux répondant aux meilleurs standards internationaux. D'importantes chaînes de supermarchés y ont leur succursale. Plusieurs Multinationales ont investi en masse dans la région : à une demi-heure de route, autour de Chonburi (capitale de la province) au nord, et à Map-Ta-Phut (près de Rayong) au sud, de nombreux complexes industriels se sont développés, faisant venir les "expats" qui, du fait de leur niveau de vie, constituent une bonne clientèle pour les commerces et prestataires locaux. Il va sans dire que tout ceci ne s'est pas mis en place sans créer des risques pour l'environnement, mais par le biais de campagnes de sensibilisation en matière d'écologie, les problèmes de pollution sont sérieusement pris en considération (au niveau local et gouvernemental). En résumé, Pattaya évolue sans cesse, et les inévitables difficultés engendrées par une croissance vigoureuse nourrissent et entretiennent la détermination de tous les acteurs et décideurs dans leur souci constant d'amélioration.

Signé Manao

L'HYMNE NATIONAL THAÏLANDAIS

Sans parler des cérémonies officielles où il accompagne le salut au drapeau et des cours d'école où les élèves en font leurs vocalises, l'hymne national thaïlandais est diffusé tous les jours, deux fois par jour, à 8h et 18h, dans tous les lieux publics, ainsi qu'à la télévision et à la radio. Dans les salles de cinéma, il est joué avant la projection de chaque film. Il convient alors de cesser toute activité et de se tenir debout en silence. La mélodie a été composée par le Professeur Phra Jendouriyang (1883-1968) en 1932, année du coup d'état qui, le 24 juin, mettait fin à la monarchie absolue (sous le règne de Prajadhipok, i.e. Lumière du Peuple, autrement dit Râma VII). Les paroles ont été écrites par le Colonel Luang Saranouprabhandh (1896-1954) en 1939, l'année où le Siam prenait le nom de Thaïlande ("Meuang ou Prathet Thaï", i.e. pays des hommes libres), sous le gouvernement de Piboun Songkhram.

En voici une traduction (avec texte original et transcription phonétique)


Prathet Thaï Rouam Leuatt Neua Tchaatt Tcheua Thaï
La Thaïlande est faite de la chair et du sang de ses citoyens


Pen Pra Tcharatt Pha-Thai khaung Thai Thouk Suan
Le sol de la mère patrie appartient à ses enfants


Yoo Damrong Khong Waï Daï Thang Mouann
Et demeure leur soutient permanent sans exception


Douay Thai Louan Maaï Raksa Makkhi
Tous les Thaïs sont résolus à rester unis


Thai Ni Rak Sangop Tae Theungrop Mai khlaatt
Ils chérissent la paix, mais n'ont pas peur de combattre.


Ekaratt Ja Mai Haï khraï khom Khi
Ils ne laisseront jamais personne les soumettre


Sala Leuatt Thouk Yaat Pen Tchaat Phli
Ils sacrifieront chaque goutte de sang pour la Nation


Thaleuang Prathett Tchaat Thaï Thawimi Tchaï Tchaiyo
Et garantir au pays une éclatante victoire

Cité par le Bangkok Post du 1er juillet 2003, le Général Somdhat Attanand, chef des armées, a demandé à son équipe de trouver pour l'hymne national de nouvelles paroles qui incitent plus au respect de la monarchie. Un comité comprenant des musiciens et des historiens de l'armée a été constitué par le général Veerachai Lamsa-ard, chef d'état-major.

Le Général Somdhat Attanand a expliqué que l'hymne national ne fait nulle part l'éloge des rois du Siam. La nouvelle version serait chantée sur le même air et débuterait par les mêmes mots (i.e. Prathet Thai, Thaïlande). Il a reconnu que la démarche n'était pas facile mais malgré l'opposition et les critiques de certains, il restait persuadé qu'en fin de compte cela bénéficierait à la nation et à la monarchie. Par le passé, d'autres cabinets ministériels ont été invités à rédiger de nouvelles paroles pour l'hymne national. Il appartiendra in fine au Comité d'Identité Nationale du bureau du Premier Ministre de sélectionner le meilleur chant patriotique parmi les projets proposés. D'après le Colonel Somkuan Saengpataranet, porte-parole des armées, il s'agit avant tout de galvaniser l'amour de [et pour] la nation.

Signé Manao

LE DRAPEAU NATIONAL THAÏLANDAIS

Lors du sac d'Ayuthaya par les Birmans en 1767, la ville entière fut incendiée et quatre siècles de civilisation siamoise furent réduits en cendres, d'où certaines pièces manquantes dans le puzzle historique. C'est ainsi qu'il n'est pas facile de retracer l'origine et l'évolution du drapeau national thaïlandais. Plusieurs chroniques relatent une anecdote selon laquelle, sous le règne du Roi Narai (1656-1688), un navire français s'étant présenté à l'embouchure du Chao Praya, les autorités militaires de Samut Prakan durent improviser et, afin de saluer les émissaires de Louis XIV, hissèrent donc une pièce d'étoffe rouge. A l'époque, cette couleur était l'apanage de l'aristocratie et ce pavillon de fortune fut rapidement promu au rang de drapeau national (le premier connu des historiens).

En 1802, Rama II jugea bon d'y ajouter un éléphant blanc (emblème de la monarchie absolue depuis le règne du Roi Ramkhamhaeng au 13ème siècle) entouré d'une roue dont les éléments symbolisaient la proue de ses navires. Puis, en 1851, le Roi Mongkout (Rama IV) fit retirer la roue pour des raisons de visibilité. Nouveau changement en 1917: toujours par souci de simplification, le Roi Vajiravudh (Rama VI) fit enlever l'éléphant et opta pour des bandes horizontales rouges et blanches. La même année, une bande bleue fut rajoutée au centre. C'est le drapeau actuel.

Appelé traï-raung, i.e. tricolore, en sanskrit, il exprime la nature complémentaire des trois piliers du royaume (i.e. nation, bouddhisme et royauté). Accompagné par l'hymne national, il est hissé avec cérémonie tous les jours à 8h et descendu à 18h dans chaque ville et village. Il est donc composé de cinq bandes horizontales: deux rouge vif, deux blanches et une bleu marine. Explication a posteriori: les bandes rouges, une en haut, une en bas, qui représentent la nation (et le sang des héros), englobent les bandes blanches (de même largeur) évoquant la pureté de la foi bouddhiste (et l'unité du peuple). Au milieu, la bande bleue, qui occupe le tiers de la surface totale, symbolise la monarchie, élément toujours vital après des siècles d'existence.

Et en fait l'idée de cette "reconfiguration" est venue de ce que, déjà au début du 20ème siècle pour la plupart, les drapeaux des puissances européennes étaient constitués de bandes (horizontales ou verticales) exhibant les couleurs nationales. N'oublions pas que ce nouvel emblème a servi d'étendard aux contingents thaïlandais qui participèrent à la 1ère guerre mondiale aux côtés des alliés.

Signé Manao

DECALAGES HORAIRES NON COMMUNIQUES

J'ai connu en 1999 à Pattaya des lascars travaillant pour des filières d'immigration clandestine qui organisaient l'arrivée en Europe de jeunes chinois (diplômés pour la plupart). Des occidentaux se trouvant en Thaïlande étaient envoyés (contre rétribution) en Indonésie ou aux Philippines (par exemple) pour y acheter en leur propre nom un billet Den Pasar-Bangkok-Amsterdam ou Manille-Bangkok-Londres. Au retour, ils descendaient à l'escale technique de Bangkok et remettaient le billet, la carte d'embarquement et le badge "Transit" à un contact qui les refilait aux chinois et ceux-ci embarquaient à la place de ceux qui étaient descendus. Je ne sais pas ce qui ce passait en amont et en aval (comment les chinois arrivaient en Thaïlande - et dans la zone transit de l'aéroport de Bangkok - et surtout comment ils débarquaient en Europe après avoir pris l'avion sous l'identité d'un "Caucasien"), mais voilà comment ça se passai à partir d'ici.

Les mêmes réseaux se faisaient grassement payer par des thaïlandais qui allaient bosser plusieurs années comme ouvriers clandestins dans des usines de Corée du sud, entre autres. Là aussi, ils utilisaient des occidentaux rétribués qui accompagnaient les émigrants thaïs et qui se portaient "caution" pour eux au passage de douane (en arrivant à l'aéroport) et leur faisaient donc obtenir un visa touristique (qu'ils n'obtiendraient pas s'ils y allaient seuls).

Il y a aussi des occidentaux recrutés ici pour aller en Europe ouvrir des comptes en banque à leur nom dans plusieurs pays de l'Union Européenne (Royaume Uni, Belgique), et même en Suisse. Il s'agirait de fraudes fiscales portant sur des sommes énormes et ce sont bien sûr les gouvernements concernés qui se retrouvent fortement lésés. Paraît que le seul risque encouru par le prête-nom est une interdiction de séjour de cinq ans dans le pays où a eu lieu l'infraction. La personne qui m'en a parlé et qui a été sollicitée pour le faire (mais qui a refusé), ne m'a pas expliqué en quoi consistait l'arnaque mais le salaire était de dix mille dollars US pour une semaine de déplacement tous frais payés, ce qui, compte tenu de tous les intermédiaires empochant ce genre d'émoluments, laisse supposer que les sommes détournées sont très importantes.

Il y a encore plus grave, enfin, tout est relatif, quand ce n'est pas carrément lié: fin 2001, on m'a proposé de partir en Europe (Belgique, Pays-Bas et Royaume-Uni) avec un paquet de cent vingt passeports vierges (belges et néerlandais), leurs timbres fiscaux et les feuilles de plastique transparent propres à les rendre... infalsifiables. J'ai fait mine d'accepter pour en savoir plus.

Je devais remettre ces faux passeports à des contacts (Londres et Rotterdam). La somme que l'on me promettait était d'environ treize mille francs, une misère par rapport aux risques encourus. A mon niveau, j'ai rencontré (de ce réseau) un farang, deux Maghrébins (Algériens ou Marocains) et deux Pakistanais. Plusieurs choses m'ont étonné. D'abord, qu'ils prennent le risque de me mettre dans le coup car j'aurais très bien pu être une un indic, une taupe ou carrément un flic, et après mon refus, le fait que je connaisse le prénom et le numéro de portable de certains d'entre eux n'avaient pas l'air de les déranger, à croire qu'ils agissaient en toute impunité. Quand on sait qu'il a été prouvé que des membres du réseau Al Qaida utilisaient des faux passeports belges de préférence, on se demande à qui profite le crime... Ce qui m'a également surpris, c'est leur manque de rigueur professionnelle (plusieurs rendez-vous manqués dus à des retards stupides, et une très mauvaise préparation, notamment le conditionnement des passeports, qui étaient soit scotchés de façon très évidente au fond de la valise (avec une grosse protubérance qui aurait alerté un gamin de huit ans), soit carrément fourrés à la hâte dans de grandes enveloppes de papier-craft portant des adresses bidons (et certaines à moitié barrées par des bandes de scotch opaque, les rendant incomplètes...). Plus tout un tas de détails absurdes qui m'ont amené à me demander comment des bricoleurs pareils arrivaient à prospérer (prenant des taxis à longueur de temps, ne mangeant qu'au restaurant, passant tous les jours des heures au téléphone portable, achetant des billets d'avion comme ils auraient acheté des billets de loterie, graissant la patte des fonctionnaires locaux et étrangers, etc… Depuis, il paraît qu'il y a déjà eu plusieurs arrestations à Bangkok: quelques lampistes peut-être?

Signé Manao

CHRONIQUE DE L'INSOMNIAQUE

Dura lex sed lex (la loi est dure mais c'est la loi)
Coups de filet, opérations commando, raids et autres razzias: de tous côté on n'entend plus que ça, mais ce n'est pas un air nouveau qui nous vient de là-bas: il s'agit des mesures sévères [re]prises par la police contre les spectacles trop osés, les discothèques (interdites aux mineurs), les services de visas parallèles, les travailleurs immigrés clandestins (surtout birmans et cambodgiens), et jusqu'aux chiens perdus sans collier qui se voient pris dans des rafles pour être envoyés dans les campagnes. Le ministère de l'intérieur fait régner l'ordre tous azimuts.

Cela donne parfois lieu à des comportements et à des réactions atypiques du genre "Papy fait de la résistance ou Le cave se rebiffe". Ainsi, fin août, le Pattaya Mail a relaté un incident cocasse, mettant en cause pas moins de 150 touristes chinois qui étaient en train de se régaler d'un spectacle un peu olé-olé au nord de la ville, mais, patatras, une escouade de fins limiers a fait une descente inopinée (comble du pléonasme!) dans ce temple de la luxure réservé aux touristes dits "de qualité", i.e. à tendance grégaire et donc supposés être doux comme des agneaux. Les spectateurs, qui avaient payé mille bahts chacun pour se rincer… la gargante, n'ont guère apprécié la brusque interruption du programme. Tollé général, barouf, boucan, charivari, brouhaha, chahut, raffut, tohu-bohu, ramdam, vacarme. Ils se sont mis à insulter copieusement les archers de la maréchaussée qui étaient, de surcroît, accompagnés par des journalistes-photographes venus immortaliser l'évènement avec force appareils photos, micros et caméras. D'où le branle-bas de combat. Les honorables touristes venus du nord de l'Asie sont des gens très… policés (sic) qui tiennent par-dessus tout à préserver leur anonymat, surtout lorsque madame Chang, restée sagement à la maison, est persuadée que son conjoint s'est absenté pour un voyage hautement culturel. Ils se sont donc trouvés en état de légitime défense. Afin de sauver leur honneur (et leur vie de couple), les preux belligérants ont attrapé tout ce qui leur tombait sous la main, notamment des bouteilles, pour bombarder les intrus. Quelques policiers et journalistes ont été atteints par des projectiles, mais il n'y a fort heureusement pas eu de blessés. D'ailleurs, après la mêlée générale, les irascibles fêtards ont été courtoisement mais fermement invités à regagner leurs bus bien gentiment. Selon une source policière, ce lieu de perdition (appelé Bang Up Entertainment Bar, ça ne s'invente pas) devrait être fermé définitivement.

Enfin, jusqu'à la prochaine fois, car imaginez le chiffre d'affaire de ce genre d'établissement: cent cinquante mille bahts la séance, même à raison de deux par jour, cela doit faire un joli fond de caisse! D'accord, les touristes asiatiques, beaucoup plus que les européens, se déplacent en convois de bus qui crachent de vilaines fumées noires et congestionnent le trafic. Quand on les sort de leurs fourgons cellulaires climatisés et aux vitres fumées, ils clignent les paupières avant de se mettre à divaguer dans les rues et les centres commerciaux comme des troupeaux d'oies lobotomisées se tenant par les ailes de peur de se perdre. Les marchands les regardent passer d'un œil terne car en général, ils ne s'arrêtent que pour acheter une crème glacée, tout au plus. En admettant que certains ne viennent qu'une fois dans leur vie, ils représentent quand même une clientèle sans cesse renouvelée. Il faut donc les apprivoiser et non pas les épouvanter par des opérations coup de poing! Voudrait-on tuer la bernache aux œufs d'or que l'on ne s'y prendrait pas autrement…

Uti, non abuti (user, mais ne pas abuser)
Car en plus, malgré la timide reprise économique, ce qui n'arrange pas les affaires à Pattaya, c'est qu'en même temps un nombre très important de nouveaux commerces est venu saturer un marché déjà en rupture d'équilibre, touchant même celui de la grande distribution puisque un magasin Carrefour est en train de se construire sur Pattaya Klang, non loin de Foodland, complétant ainsi la demi-douzaine de grandes surfaces qui balisent la ville.

Dans la restauration, on estime qu'une bonne vingtaine de "temples de la gastronomie" se sont ouverts en moins d'un an, pour ne parler que de ce secteur. Les immeubles commerciaux poussent de partout. Des rues entières sont sorties de terre. Petit à petit, tous les terrains "en friche" entre deux quartiers sont recouverts de chantiers où s'activent des armées d'ouvriers. Même un peu à l'abandon, ces "espaces verts" permettaient une saine respiration dans la forêt de béton. C'est désormais une course frénétique vers l'asphyxie. Cela donne bien sûr du travail ponctuel à des entreprises, mais espérons que toutes ces opérations éphémères ne finiront pas par étouffer le reste de l'économie urbaine et touristique. Et on vient de le constater, lorsque, pour des raisons [certes] conjoncturelles, le nombre de "visiteurs" et de touristes chute brutalement, il est encore plus difficile de se partager les miettes.

Signé Manao

GARUDA

Que vous soyez de passage ou résident en Thaïlande, vous avez dû l'apercevoir (si vous levez les yeux), notamment sur le fronton de certaines banques ou de compagnies d'assurances. Il orne la façade des ministères et des principaux établissements publics (i.e. d'État). Il figure sur le sceptre et les étendards de Sa Majesté. Symbole royal mais aussi national, on le retrouve, en tant que sceau officiel, sur la couverture (et sur certaines pages) des passeports thaïs, les cartes d'identité et certains livrets bancaires. Il est également présent (des deux côtés) sur tous les billets de banque et sur l'en-tête des documents administratifs.

C'est Garouda, l'Oiseau Solaire, mi-homme, mi-aigle. Les Thaïs l'appellent Khrouth. Comme la plupart des personnages de la mythologie bouddhique, il a été "emprunté" au panthéon hindou (via l'ancien royaume Khmer) et, depuis, continue sa brillante carrière, non seulement au Siam, mais aussi en Indonésie et en Malaisie, entre autres pays "hindouisés" de l'Asie du sud-est (cf. George Cœdes).

En Inde, il est surtout connu comme étant la monture (en sanskrit, "wahana", i.e. le véhicule) de Vishnou et de son épouse Lakshmi. Son aspect est à la fois effrayant et rassurant. Il ne laisse pas indifférent et exerce même une sorte de fascination de par la puissance qu'il dégage.

Dans la trilogie hindoue, entre Brahma le Créateur et Shiva le Destructeur, Vishnou est le protecteur et celui qui rétablit l'équilibre avec les forces du Mal en s'incarnant sous différentes formes. De ce fait, il est très populaire parmi les fidèles. On lui prête une dizaine d'incarnations ("Avatars"), dont le Bouddha lui-même.

En Thaïlande, (mais aussi au Cambodge, et en premier lieu à Angkor, ancienne capitale des rois khmers), Garouda a sa place dans les temples bouddhiques royaux puisque, selon la croyance séculaire, le roi est la personnification de Vishnou-Narayan, dieu bienveillant par excellence. Le monarque est de fait un "Devaraja", i.e. roi d'essence divine.

Sur les toitures des édifices religieux, il serait devenu le Cho-fa, élément caractéristique de l'architecture thaïe, sous une forme hautement stylisée (serait, car tous les spécialistes ne sont pas d'accord sur ce point: certains parlent de Nagas, serpents mythiques et demi-frères de Garouda; d'ailleurs, oiseaux et reptiles sont ovipares!).

Au cours de l'histoire du Siam, Garouda (Khrouth) apparaît dans toutes les formes d'art et ses représentations ont nécessairement évolué selon les périodes et les styles. Quoi de plus naturel que de le voir figurer comme élément décoratif sur les chaises à porteurs royales ainsi que sur le trône, mais aussi sur les toits et les pignons des résidences royales.

Depuis 1911, lorsque le roi réside au palais, l'étendard "Maharaja" est hissé au-dessus de ses appartements. C'est un drapeau carré, orné d'un Garouda rouge sur fond jaune (cette dernière est la couleur du lundi, jour de naissance du roi actuel, Phoumipon Adoulyadètt). Quand Sa Majesté se déplace, le même étendard flotte à l'avant des voitures.


Pour les compagnies privées méritantes et qui ont donc l'insigne honneur de pouvoir en orner leurs façades, il est la marque de la reconnaissance royale (i.e. Doï daï rap pra-borome-ratcha anouyaatt, devise figurant sur la bannière). C'est en effet le roi lui-même qui décerne ce privilège aux sociétés ayant contribué au progrès de la nation, notamment dans le domaine économique et social. C'est pourquoi, Garouda (Khrouth) ne peut être utilisé à la légère.

L'aigle Garouda est bien sûr aussi le nom et le symbole de la compagnie nationale aérienne d'Indonésie, pays qui l'a également adopté comme emblème national (sur ses armoiries), mais sans en retenir aucun des ses attributs humains (en héraldique, l'aigle est, avec le dragon, le seul animal qui appartienne à l'emblématique de tous les temps et de tous les pays). Il est quand même intéressant de noter que, en Indonésie, l'influence de la civilisation indienne a été si forte que malgré l'islamisation, beaucoup de musulmans de ce pays portent toujours des noms d'origine sanskrite, donc purement hindous. Et on retrouve aussi Garouda largement cité dans le folklore de la Malaisie, autre pays fortement islamisé…

Signé Manao



 

THAI AIRWAYS

La THAI AIRWAYS INTERNATIONAL a été fondée en 1959. Son premier logo (un homme dansant) avait été conçu par Son Altesse Royale le Prince Kraisingh Vudhijaya, créateur émérite, qui avait également dessiné l'uniforme en soie du personnel de bord.

En 1975, la compagnie décide de changer de look (mais pas de costume) et commande un nouveau logo au cabinet de dessin industriel Walter Landor Associates, de San Francisco (Calif., USA). L'équipe de graphistes s'est bien sûr attachée à produire un "visuel" alliant la plus grande lisibilité au meilleur impact esthétique.

Le concept devait clairement refléter la Thaïlande et la richesse de sa culture munificente. D'où, pour ce qui est des couleurs, l'éclat de l'or qui rappelle l'opulence des temples, le rose-magenta symbolisant la soie aux reflets chatoyants et enfin le violet-pourpre, en référence aux magnifiques nuances de l'orchidée. Le dessin lui-même n'est pas non plus sans suggérer les pétales de cette fleur qui, avec le temps, est devenue une des composantes essentielles de l'image du pays à l'échelle internationale. Quel meilleur choix, en effet, puisque l'orchidée est très représentative de l'art décoratif siamois en ce qu'elle "incarne" délicatesse, sensualité, douceur, élégance, prestige, exotisme, pérennité, robustesse, dynamisme… Ce nouveau logo évoque également des éléments de la mythologie et de l'architecture traditionnelle thaïe. Mais ses formes "aérodynamiques" font aussi allusion à l'envol majestueux et à la belle vélocité des aéronefs, puisqu'il est question d'aviation et de modernité! Le tout "Smooth as Silk", comme le susurre la devise de la compagnie pour vous inviter à goûter la douceur voluptueuse de ses célestes translations.
Malgré tout, au nom de la rigueur intellectuelle et scientifique, nous nous devons d'apporter, après ce déferlement poétique, une petite note qui pourrait sembler triviale si elle n'était pas le fruit (sic) de l'académisme botanique: le nom (de la chair?) de l'orchidée, d'après le Petit Robert, a été cité pour la première fois en 1766 et vient du grec orkhidion qui signifie "petit testicule"… Et pour enfoncer le clou, "orchite" est le nom médical de l'inflammation du testicule. Que les âmes sensibles nous pardonnent !

Signé Manao

PIGEON PATTAYAISE

Voici une recette [pourtant] éculée mais qui marche encore de temps en temps comme une vieille paire de godasses que l'on ressort du placard pour partir en chasse guetter le bon coup de fusil.

Condition sine qua non: il est absolument indispensable de posséder, comme miroir aux alouettes, un acte notarié (authentique si possible) qui vous permet d'exploiter un établissement de la catégorie ''bar-restaurant-hôtel-agogo-disco-karaoké'' et d'avoir effectivement l'usufruit, pour ne pas dire la jouissance, des lieux. Cela ne s'adresse qu'aux fonds de commerce plutôt déficitaires et dont il faut relever la sauce avec un peu de poudre de perlinpin. Pour ce faire, prenez un bleubite de farang n'ayant pas été nourri au grain d'ellébore et qui débarque la gueule enfarinée, pas encore dessalé malgré son âge mûr et déjà farci de belles liasses de biftons qui vous le rendent fort appétissant, surtout lorsqu'il annonce qu'il est prêt à mettre toutes ses éconocroques dans une affaire saine, car il est bien décidé à casser la baraque dans le but déclaré de se payer une retraite dorée au milieu d'un cheptel sans cesse renouvelé. Et une affaire saine, justement vous en connaissez une, la vôtre, que vous avez mis tant d'années à faire prospérer mais qu'il vous faut revendre maintenant pour acheter plus grand afin de mieux pouvoir assurer le train de vie auquel vous vous êtes gentiment habitué grâce aux bénéfices plus que confortables que vous accumulez quotidiennement derrière votre comptoir, livre de comptes à l'appui, tout en surveillant les "petites" d'un œil paternaliste, car en plus c'est devenu une affaire de famille et vous ne la céderiez certainement pas à un malotru qui ne prendrait pas bien soin du personnel. Oui, vous l'avouez, vous avez du mal à choisir parmi tous ces prétendants au trône [de votre petit royaume] et vous recherchez celui qui aura en plus cette généreuse touche d'humanité, ce petit supplément d'âme comme on dit à quelqu'un pour être sûr qu'il se reconnaisse.

C'est ce qu'on appelle passer la viande à l'attendrisseur. Ensuite, vous n'avez plus qu'à la faire mariner dans les aromates les plus subtils, et de la fumer au parfum du profit immédiat, savoureusement rehaussé par les douces fragrances d'un beau bouquet garni d'oseille et d'épinards au beurre frais. Pour que la sauce prenne, il vous suffit d'inviter une belle brochette de "barons" assoiffés que vous régalerez gratis pendant quelques soirées en présence de l'heureux élu. A l'occasion du verre de fermeture, vous lui accorderez l'honneur de faire la caisse lui-même, puisque il est "virtuellement" le nouveau patron, et avant la fin de la semaine, il viendra de bon matin avec une mallette de billets vous supplier de le suivre chez le notaire avec qui il a déjà pris rendez-vous pour conclure l'affaire du siècle, ou du moins de sa petite vie de labeur. Et vous avez eu juste le temps de récupérer deux ou trois objets personnels que déjà il se la joue big boss. Puis, les semaines, les mois passent, et les clients fidèles, ces ingrats, ne sont jamais revenus. Pas encore inquiet, notre nouveau caïd change toute la décoration et se ruine en publicité afin d'attirer le chaland, mais rien n'y fait, plus le temps passe, plus les comptes sont désastreux.

Un beau jour, il est "al dente", et comme par hasard, vous lui rendez visite pour prendre de ses nouvelles; au moment où il commence à pleurer sur votre épaule, vous lui "sauvez la mise" en proposant de racheter ses parts. Devant ce geste magnanime, il est absolument confondu et n'aura aucune peine à comprendre qu'au taux de l'inflation locale et compte tenu de la baisse de l'euro, vous ne pouvez lui offrir que le tiers de ce qu'il vous a versé. Un peu de braise suffit pour rôtir les étourneaux… Lorsque vous avez réintégré votre palombière, il ne vous reste plus qu'à attendre le prochain passage, et d'ailleurs en cette saison les vols sont complets…
Manao (Pattaya)

Signé Manao


"Rédemption" est un court récit autobiographique (onze mille mots) qui commence par une tentative de suicide après la classique descente aux enfers de la drogue, suivie par une belle remontée vers la vie à l'air libre, jusqu'à une authentique expérience mystique, et se terminant malgré tout de façon un peu saugrenue. Cela se déroule en Inde (années 80), avec une première partie au bord du Gange (à Bénarès) et le reste dans les états du sud, notamment dans un ashram chrétien fondé par deux religieux français. Attention: quelques passages peuvent incommoder les cœurs sensibles, surtout ceux qui n'aiment pas les piqûres.

Téléchargé 557 fois.

VIVRE A PATTAYA

Méfiez-vous des farangs: si vous ne savez pas pourquoi, eux ils le savent.

J'ai loué une town-house dans un petit soï typique: 90% de thaïs avec leur joie de vivre exaspérante, leur insouciance contagieuse et leur curiosité bienveillante. Ajoutez leurs chiens et chats qui viennent vous rendre visite, pas bégueules (les farangs ont souvent de beaux restes). Le facteur volant, l'employé du câble toujours ponctuel, les p'tits gars de l'eau, l'électricité, les démarcheurs, les quémandeurs, les distributeurs de soupes à 10 bahts, les croqueuses de scorpions, les pilonneurs de somtam, les marchands de glaces, les éboueurs municipaux et les vide-poubelles qui font dans le privé (de jour comme de nuit).

Ça fait du monde et la liste n'est pas exhaustive. Tous des gens (même les animaux) avec qui vous avez fatalement une interaction à moment donné. Mais pas avec les farangs.

Hasard de la location, juste en face de chez moi, j'avais un suédois, un canadien et un australien. Je n'ai jamais pu croiser leur regard et je ne les ai jamais vu communiquer entre eux. L'art de l'esquive flagrante, la feinte ostentatoire et l'ignorance délibérée: je te vois mais je ne te regarde pas, je t'invite à m'éviter, fais comme moi: regarde ailleurs, l'herbe est plus verte.

J'avais du mal à comprendre, au début. Plus maintenant. Ici tous les voisins farangs sont forcément suspects. D'ailleurs qu'est-ce qu'ils font là tous ces étrangers? La même chose que moi? Et bien c'est du propre! Ah, mais je veux pas les connaître moi ces gens-là. Tout ça, c'est problème et compagnie, passe au large manant et taille la zone. On est du même monde? Et bien c'est pour ça, moins je te vois, mieux je me porte. A choisir, je préfère les thaïs. Ils sont plus bruyants et moins discrets, mais au moins la différence culturelle nous protège des intrusions.

Parano moi? Non, j'aime pas les ennuis, c'est tout, je reste dans ma bulle, chacun chez soi et les cochons seront bien gardés.

Signé Manao

LES BAHT BUS

Les baht bus, appelés affectueusement "bétaillères" par les francophones (en thaï: "rot song thèo", i.e. véhicule à deux "rangées", à cause des deux banquettes arrière), sont ces pick-ups bleu marine aménagés en taxis collectifs, de marque Isuzu, Toyota, Nissan ou Mitsubishi, qui sillonnent les rues de Pattaya en quête de touristes fatigués ou de piétons locaux. En tant que moyen de transport public prédominant en ville, c'est la manière de se déplacer la plus pratique et la moins dangereuse, pour un coût souvent dérisoire (quand on paie le prix correct).

Ceux qui connaissent un peu Pattaya l'ont remarqué: il n'y a rien de plus énervant pour un chauffeur de baht bus que de voir un farang marcher à pied. On dirait que ça les rend dingues! Ils ne supportent pas. Suffit que vous fassiez quelques pas à découvert et tous les chauffeurs qui vous ont dans leur ligne de mire se mettent à klaxonner comme des malades pour vous faire savoir qu'ils sont prêts à vous embarquer. Même ceux qui arrivent dans la direction opposée à la vôtre vous lâchent une salve de décibels et n'hésitent pas à exécuter carrément (sic) un tête-à-queue sur les chapeaux de roues si vous leur faites le moindre signe d'encouragement.

C'est aussi pour cela qu'ils ont mauvaise réputation chez les touristes, les résidents et les expats. Depuis déjà quelques années, les journaux locaux, destinés aux farangs (anglophones notamment) publient des courriers de lecteurs [forcément] étrangers furibards, se plaignant du comportement agressif des chauffeurs, quand ce n'est pas pour dire qu'ils se sont fait traîtreusement arnaquer par ceux-ci. La "Tourist Police" reçoit également son lot de réclamations, principalement sur le fait que le tarif d'une course intra muros (i.e. dans les limites de la ville) était, jusqu'à récemment, fixé à cinq bahts par personne mais les étrangers, et surtout les touristes peu habitués, se voyaient taxés de dix, voire de vingt bahts chacun. La plupart trouvaient presque normal de payer plus cher que les thaïs (et ne voulaient pas se prendre la tête avec les chauffeurs pour quelques piécettes), mais certains considéraient cela comme une sorte de racket insidieux qu'ils ne tenaient pas à cautionner.

Le problème vient d'être partiellement réglé grâce à l'ingéniosité siamoise. On peut désormais lire, affiché dans tous les taxis: "Le tarif ordinaire d'un minibus à Pattaya ne peut excéder 10 bahts par personne selon la règle mise en place par le département des transports routiers". C'est bête mais il fallait y penser: le tarif minimum à été doublé, tout… simplement. Mais, et c'est là que le bât blesse, les chauffeurs continuent de faire payer leurs passagers thaïs seulement cinq bahts, sans doute par solidarité nationale. Joli coup de passe-passe: les farangs paient maintenant le prix officiel, et ce sont les thaïs qui voyagent à moitié prix. Naturellement, si vous êtes avec un ou une thaï(e), il ou elle devra aussi payer le prix "en vigueur", pour montrer que le chauffeur est impartial, et pas seulement parce qu'il sait que c'est vous, le farang, qui réglez de toute façon (qu'allez-vous penser-là?!).

On conseille souvent (avec raison) aux touristes de négocier à l'avance les tarifs de transport dans les pays étrangers. Mais à Pattaya intra muros, ce n'est pas vraiment nécessaire une fois qu'on a compris le système. Il suffit aux nouveaux venus de consulter un plan de la ville, de se familiariser avec les itinéraires empruntés par les bahts bus et d'appliquer les tarifs.

Malgré l'augmentation, il est toujours possible pour un farang de ne payer que cinq bahts, c.-à-d. le prix thaï. Vous me direz, et vous aurez raison, pourquoi mégoter pour économiser cinq bahts? Ce n'est pas une question d'argent mais de principe. Pourquoi payer le double parce qu'on est étranger et qu'on peut se le permettre? C'est un vieux débat. Personnellement, je ne prends jamais de baht bus, mais voici les astuces employées par certains (irréductibles) et qui sont soi-disant efficaces. D'abord, quelques conseils: ne jamais monter dans un taxi où il n'y a aucun passager. Même les thaïs évitent le piège, car le chauffeur pourrait exiger un prix majoré en prétendant qu'il a fait un détour spécialement pour vous et qu'il vous a amené à une destination tout à fait en dehors de son itinéraire habituel. Et méfiez-vous des taxis dans lequel une femme (thaïe) est assise à l'avant: elle peut aussi bien être une cliente, mais souvent c'est la femme du chauffeur, en tout cas sa complice qui l'aide dans la pratique de la double tarification et qui se fait un plaisir d'argumenter avec les clients (pendant que monsieur chauffe). Ayez toujours de la "ferraille" sur vous, en particulier des pièces de cinq bahts, car allez savoir pourquoi, les chauffeurs n'ont jamais la monnaie à rendre sur les billets de 20 bahts (encore moins de 50 ou de 100). Lorsque vous êtes descendu après avoir pressé le bouton-sonnerie, approchez-vous de la portière et quand le chauffeur vous tend la main pour réclamer son dû, donnez-lui la ou les pièce(s) de cinq bahts (suivant que vous êtes seul ou accompagné) et éloignez-vous sans attendre qu'il demande son reste. Il y a peu de chances qu'il vous courre après vu qu'il lui faudrait quitter son véhicule et ses autres passagers. Mais s'il le fait quand même, donnez-lui alors les cinq bahts supplémentaires en vous excusant et surtout ne protestez pas: à moins d'avoir le physique de Terminator, il ne faut jamais discuter avec un chauffeur de baht bus, ce n'est ni prudent ni raisonnable, c'est même dangereux, paraît-il.

Mais prenons du recul, voire de l'altitude: si Londres, New-York, Paris et Bangkok (entre autres) ont leur chemins de fer métropolitains, Pattaya a, toutes proportions gardées, ses maudits baht bus. Ils s'arrêtent où ils veulent, quand ils veulent, ils ralentissent souvent la circulation et la bloquent même parfois, ils élaborent, voire improvisent, leurs propres règles de conduite selon les circonstances et les aléas du trafic, tout en polluant copieusement l'atmosphère. Qu'on les aime ou qu'on les déteste, ils font partie du paysage urbain et semblent être partis pour… rester. Il se dit tout bas qu'ils ont [là-haut] de puissants appuis, des "parrains" bien placés… Il a été plusieurs fois question de les réformer, de les remplacer, mais jusqu'à présent, ce n'ont été que des vœux pieux et aucune alternative n'a pu être trouvée. C'est un mal sans doute nécessaire. Reste le côté indéniablement économique et convivial qui fait malgré tout le charme de ces drôles de bétaillères. Si les baht bus devaient disparaître (comme le souhaitent certains), cela changerait quelque peu le visage de la ville. Et, en outre, on pourrait craindre que le nouveau système de transport public soit trop "aseptisé" et moins sympa. Ces baht bus, aussi irritants qu'ils puissent être parfois, seraient sans doute regrettés par les fidèles habitués: on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on trouve, car, soyons équitables, il y a parmi les sept cents et quelques chauffeurs de bah bus (recensés à Pattaya) des gens très sympas, honnêtes et serviables, qui sont toujours prêts à vous donner un coup de main lors d'un déménagement ou en cas d'achat d'objets volumineux.

Signé Manao

L'IMAGINATION AU POUVOIR

"On peut tromper quelques personnes pendant quelque temps, mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps" (citation de [ou reprise par] Bob Marley). Ma mère disait plus simplement: "Tout finit pas se savoir…".

Il n'a guère dû vous échapper que Pattaya attire, entre autres originaux, un certain type d'Homo Farangus Erectus. Outre les spécialités locales qui font tout son charme et sa réputation, la ville se caractérise par le plus grand nombre de mytho-mégalomanes au kilomètre carré de ce côté-ci du Chao Phraya. La plupart ne sont pas dangereux et ils constituent des spécimens de choix pour les ethno-socio-psycho-anthropologues que nous sommes tous un peu à nos heures. Car lorsqu'on parle de timbrés et de détraqués, il ne peut s'agir que des autres, bien sûr, et surtout pas de soi-même! (Avant de poursuivre [le délire], précisons que nous ne traitons ici que de sujets francophones, en laissant les autres communautés linguistiques se débrouiller avec leurs propres déjantés, azimutés, barjos, branquignoles, cinglés, dingues, fadas, fêlés, fondus, frapadingues, jobards, etc.…)

Qui d'entre nous n'a pas rencontré un de ces "Tartarins de Pattascon"? Sans qu'on leur demande rien, ces menteurs invétérés autant que compulsifs essaient de nous en mettre plein la vue pour pas un rond (ben dame, ça ne leur coûte rien!).

Parmi toutes les énormités les plus saugrenues, voire les plus abracadabrantesques (néologisme chiraquien) qu'on a l'occasion d'entendre de la bouche de ces affabulateurs, l'histoire la plus classique est celle du lascar qui vous raconte qu'il possède un hôtel-restaurant très côté en France, en plus de ses trois discothèques qui marchent du feu de Dieu. Et il vous a même indiqué où c'était. Mais voilà, ironie du sort, quelques mois plus tard, lors d'un séjour dans l'Hexagone, vous vous rendez dans le coin (sur ses terres) et vous cherchez à le rencontrer: vous êtes bien embêtés quand on vous apprend que le grand patron en question n'est en fait que le portier-videur qui était venu passer ses congés payés à Pattaya. Il n'y a pas de sots métiers…

Signé Manao

ETHNO-ANTHROPOLOGIE SOCIO-CULTURELLE
(sauce pattayenne)

Il m'arrive souvent de faire du patin à roulettes (en attendant mieux) dans un centre commercial quasi abandonné et conséquemment presque désert. C'est fou (!) comme une activité aussi banale et anodine peut permettre d'observer les comportements humains. Dans ce village fantôme au bord de Sukhumvit (… et de la dépression), on a, pendant une heure de voltige, tout le loisir de croiser plusieurs tranches représentatives des populations indigènes et allogènes. Il y a 5 ou 6 magasins [sur 560] encore ouverts (on se demande pourquoi et comment) et quelques familles qui habitent maintenant dans ce qui fut [brièvement] leur restaurant ou leur boutique. De temps à autres, la quiétude des lieux est troublée par une automobile ou une motocyclette, mais c'est très furtif. Occasionnellement, des candidates au permis de conduire viennent y prendre des leçons (avec le mari, le grand frère ou le cousin) et roulent donc au pas. Des ados locaux (locos?) s'essaient épisodiquement au skateboard et restent dans leur coin, un peu en marge. Et puis passent aussi des farangs, à pied ou motorisés, égarés ou au contraire profitant du raccourci formé par la "bretelle d'accès" à Sukhumvit. Bref, tout cela constitue un panel exploitable, un échantillonnage de citoyens, un éventail qui ratisse large. Au fil des mois, j'ai pu (grosso modo) établir essentiellement une classification en deux groupes: [1] les enthousiastes (sympas) et [2] les indifférents (… qui s'aiment pas). Je reconnais qu'à l'instar, par exemple, de la course à pieds ou du vélocipède, la pratique du patin à roulettes (désormais en ligne) peut sembler incongrue car peu productive, et par là inutile, aux esprits chagrins. Mais si ce n'est pas le but recherché (loin s'en faut), une telle légèreté dans la démarche (sic) provoque des réactions intéressantes, ainsi que des absences de réaction (ce qui est aussi une façon de réagir). Il y a donc, devant cet effort gratuit, des attitudes positives (spontanées, libérées) et des négatives (aveugles, étriquées, coincées). Dans la première catégorie, vous ne serez bien sûr pas surpris de trouver, en écrasante majorité, les enfants qui rient très fort, applaudissent, trépignent, encouragent et voudraient bien faire pareil, les bougres. Puis viennent les gens simples et de condition modeste (tous des autochtones, forcément): ouvriers, manœuvres, techniciens de surface, agents de maintenance, gardiens, vigiles, petits commerçants, moteusaï taxis, etc., qui manifestent leur approbation par des vivats, des grands signes de la main et des sourires qui illuminent leur visage (et le vôtre par le fait même). Dans la deuxième… classe, il y a les farangs (mes congénères) et les bourgeois du cru qui vous ignorent ostensiblement et tournent la tête comme s'ils avaient honte. De quoi, je ne sais pas et je ne tiens d'ailleurs pas à le savoir. Ce qui est sûr c'est que, malgré l'invasion massive (et l'usage intensif) du téléphone portable, la communication chez les individus (principalement du second groupe) reste bien difficile, "pauvre" et mystérieuse…

Signé Manao

MIA THAÏ-SAMI FARANG
(i.e. Epouse Thaïe - Mari Occidental)
(Faut jouer collé-serré…)

Qu'on ne me parle pas de la [faible] femme asiatique soumise et docile!! Au bout de quelques mois de vie commune, j'avais voulu donner des conseils pratiques à ma nouvelle dulcinée [... de père et mère thaïs], mais elle m'avait tout de suite arrêté: "Laisse tomber, on n'apprend pas au crocodile à nager!! (Proverbe thaï authentique)".

Récemment, j'ai dit à ma chère et tendre: "Je sais exactement quel jour tu vas mourir!". En fronçant ses beaux sourcils, elle m'a fait: "Ah bon, et quand ça?!", l'air de se demander "Qu'est-ce qu'il va encore me sortir, mon farang de mari…". Et moi de lui affirmer en rouspétant gentiment: "Tu mourras le jour où tu seras certaine que je ne pourrai plus coucher avec une autre, mais pas avant!". Son regard a brillé et la réponse a fusé: "Exactement, comment t'as deviné, t'es drôlement fort (i.e. pour un farang)!!

Faut dire qu'elle ne me croit qu'à moitié quand, de temps à autres, je lui dis que je vais rendre visite à des copains qu'elle ne connaît pas. Un jour elle m'a prévenu qu'en remplissant le lave-linge elle regardait bien si mes slips ne portaient pas de traces suspectes, révélatrices d'ébats tarifés. Mais là, elle a marqué contre son camp car, depuis, je fais attention à ne pas écrire mes mémoires dans la poche kangourou. C'est qu'il faut jouer serré, alertez les contre-venants, gaffe à la police scientifique!!

Par exemple, un de ces matins radieux où Madame a daigné accomplir son devoir conjugal, elle m'envoie en rigolant: "Et bé, tu tiens bien longtemps aujourd'hui, qu'est-ce qu'il t'arrive, je suis sûre qu'hier soir t'as tiré ailleurs, sinon t'aurais déjà bâclé le travail, comm'd'hab!!". Ne pouvant nier l'évidence, j'invoque la fatigue et les 4 bouteilles de la Bière du Pachyderme (taille adulte) ingurgitées la nuit précédente, tout en suivant TV5 d'un œil et Internet de l'autre. De sa position allongée, elle dresse le col et me lâche tout net: "Oh eh, me prends pas pour une truffe, tu veux?!". Faut vraiment jouer serré, voilà qu'elle me fait une autopsie de mon vivant, parole!!

Une autre fois, j'arrive à l'improviste et je lui mets les mains sur les yeux, par derrière, pour la surprendre. "Dis donc, qu'elle me fait en se retournant prestement, d'où tu viens comme ça avec des mains qui sentent aussi bon, hein, avec qui t'étais encore??". "Ben, euh, c'est à dire que, euh, un copain m'a invité à boire un verre, je suis allé aux toilettes, euh, y'avait du savon, euh, et voilà, que vas-tu imaginer thirak*?". Elle a accusé le coup en hochant la tête mais n'en fut pas dupe pour autant: "C'est ça, mais je te préviens que si je t'y prends, je te la coupe, t'entends?!". Va falloir jouer très collé-serré, elle m'a montré le hachoir et le billot dans la cuisine…
*(thirak: chéri-e)

Signé Manao

PASSERELLES

Le Petit Prince a dit…

Il était une fois un expat, appelons-le Alex, qui avait été nouvellement détaché par sa maison mère et nommé directeur général en Thaïlande. On lui avait appointé, pour les trois premiers mois, monsieur Somchai (un autochtone ayant vécu en occident) pour lui servir d'assistant. Celui-ci devait surtout lui expliquer comment travailler avec les thaïs et comment les gérer…

En fait, Somchaï devint rapidement indispensable à Alex. Une sorte d'alter ego asiatique. Ils passaient quasiment les trois-quarts de leurs heures de travail ensemble. A la fin de la journée, ils faisaient ensemble le bilan de la journée, une sorte de débriefing en tête à tête. Voici ce que nous aurions pu entendre s'il y avait eu des micros cachés dans les plantes vertes du bureau:

"Dis donc Somchaï, tu avais l'air dans tes petits souliers cette après-midi, c'était quoi au juste?" (Ils sont comme ça les farangs, bille en tête!). Somchaï répond plutôt mal à l'aise: "Alex, il faudrait que tu fasses attention à tes remarques un peu trop abruptes! Tu as carrément déclaré à Thanaphon (le chef de bureau) que tu n'étais pas du tout d'accord avec sa façon de procéder, et comme si ce n'était pas suffisant, tu l'as mis au défi de te proposer une approche différente, tu veux la guerre ou quoi?"

Alex émet un léger borborygme: "Première nouvelle, quand je te parle comme ça, tu l'encaisses plutôt bien, d'habitude!"

On devine Somchaï prenant une inspiration profonde: "Tu ne peux pas me considérer comme un thaï lambda, j'ai vécu en Europe, je connais la mentalité occidentale, mais pour un thaï qui n'a jamais quitté le pays, c'est inacceptable. Quand tu dis à Thanaphon que tu n'es pas d'accord avec sa façon de procéder, il se sent personnellement insulté, il perd la face, c'est gravissime, surtout devant les collègues! Leçon numéro un, quand tu veux critiquer un thaï, surveille trois choses fondamentales et dans l'ordre: ton langage corporel, le ton de ta voix et les mots que tu emploies. C'est absolument déterminant!

Somchaï continue sa démonstration: "Je l'ai appris d'un éminent professeur de sociologie: dans la communication les signes physiques (i.e. le langage corporel) comptent pour 55%, l'intonation pour 38% et le vocabulaire pour seulement 7%. Aujourd'hui, quand tu t'es adressé à Thanaphon, ton corps et ta voix exprimaient l'arrogance et c'est tout ce qu'il a retenu, rien que du négatif!".

Alex reste coi, Somchaï poursuit: "N'élève jamais le ton quand tu parles aux thaïs, même si ce n'est pas facile pour toi, et tu atteindras tes objectifs beaucoup plus facilement. De mon côté, je vais sensibiliser l'équipe à ta manière de travailler, en leur expliquant que, par exemple, lorsqu'un farang défend sa vision des choses, il le fait passionnément, en y mettant tout son cœur. L'attitude naturelle des occidentaux est ouvertement compétitive, celle des thaïs est plus nuancée, plus respectueuse des sentiments d'autrui, même si ce n'est qu'une façade.
Alex grommelle une approbation et prend la tangente: "En sortant du bureau de Wanwisha, tu m'a demandé de m'excuser auprès d'elle pour avoir marché sur ses livres, classeurs et dossiers (ils encombraient provisoirement le passage), pourquoi?".

Réponse de Somchaï, visiblement étonné: "Wanwisha est une excellente comptable diplômée de l'université Thammasat. Elle est très consciencieuse. Nous autres thaïs considérons les livres comme des réceptacles de la sagesse et du savoir, donc comme des choses sacrées et hautement respectables, sur lesquelles il ne faut pas mettre les pieds qui sont considérés comme impurs!".

Alex marmonne: "Ok ok! Bon, préparons la réunion de demain avec les chefs de service. La dernière fois, tu m'as défendu de leur demander s'ils avaient des questions en fin de séance parce que de toute façon ils ne répondraient pas. Tu m'as suggéré de conclure différemment. Alors, comment faut-il que je fasse?".
Somchaï se sent déjà mieux: "En fin de réunion, demande à chacun des participants de consacrer quelques minutes à répondre par écrit aux deux questions suivante: quel est son principal souci professionnel et quels sont les points qui nécessitent le plus d'être éclaircis. Quand ils ont terminé, tu ramasses les copies, tu lis les réponses et tu essaies de commenter (de façon constructive et didactique) ce qu'ils ont écrit".

"Il y a trois raisons pour ce faire: d'abord, notre système d'éducation ne nous prépare pas du tout à poser des questions. A l'école, la plupart des enseignants font leurs cours de manière unilatérale, sans vraiment donner aux élèves l'occasion d'intervenir. Et en vérité, nous pensons que poser une question risque de nous faire passer pour des imbéciles devant le reste de la classe, alors on préfère éviter, quitte à rester dans l'ignorance, et cela sous-entendrait que le prof n'a pas bien expliqué, ce qui est une insulte (En Thaïlande, les profs sont encore traités avec beaucoup de déférence par les élèves, les parents et la société en général)".

"Ensuite, en suggérant aux collaborateurs d'exprimer leurs soucis et leurs intérêts professionnels, tu les fait participer activement, en leur permettant de donner leur avis. Tu ne les considères pas comme un auditoire passif et dénué d'opinion. Cela va les faire réagir activement et positivement. Enfin, si tu leur donnes quelques minutes pour réfléchir, ils auront le loisir et la sérénité de se préparer, chose qui leur serait impossible de faire de façon orale et directe, car pour nous, l'anglais (la lingua franca) est une deuxième langue, ce n'est donc pas facile de répondre spontanément du tac au tac, cela nous met dans une situation inconfortable et nous restons sur la défensive. Ce n'est pas cool, alors que si nous devons répondre par écrit, cela relève plus d'une activité ludique et décontractée. On adhère tout de suite, c'est sanuk!".

Alex se raccroche à ses certitudes d'occidental: "Mais quand je leur demande s'ils ont des questions, ils me répondent par de grands sourires radieux, comme si tout allait bien, comme s'ils avaient compris: ne seraient-ils pas un peu hypocrites?".

Somchaï rattrape la balle au vol: "Je voulais t'en parler justement. Ce n'est pas de l'hypocrisie mais de la politesse, du respect, c'est notre fameux "kreng-jaï" qui détermine les règles protocolaires car la société thaïe est très hiérarchisée. Malgré les profondes transformations dues au modernisme, il n'y a pas encore de nivellement comme en occident, et chacun reste à sa place. Le sourire est une façon très élégante de donner acte d'allégeance. Mais apprends aussi à en décrypter les différentes versions! Certains veulent simplement dire: "Je réalise que vous êtes en train de me parler, mais cela ne veut pas dire que je vous comprends!". Il y a le sourire du contrevenant qui est en train de payer une amende à un agent de la circulation: on dirait qu'il y prend plaisir, les zygomatiques sont déployés au maximum mais c'est pour mieux cacher l'envie de tuer. Dans le cadre professionnel, c'est le masque standard et ainsi le stress dû aux pressions est savamment camouflé pour ne pas perturber l'ambiance de travail. Vous autres occidentaux mettez l'accent sur les résultats à atteindre, alors que les thaïs soignent d'abord les relations avec les collègues. En tant qu'étrangers vivant en Thaïlande, votre sphère d'activités socio-économiques est plus limitée et surtout moins complexe. La nôtre est plus large car nous avons des codes et des règles qui s'appliquent différemment selon que l'on est au travail, en voiture, en famille à la maison ou de sortie avec des amis. Il y a énormément de détails que nous remarquons et qui sont invisibles pour vous".
Alex rigole: "Allons bon, tu ne vas pas me la faire façon Saint-Exupéry: on ne voit bien qu'avec le coeur?!"

Remarque conclusive de Somchai: "C'est sans doute pour ça que Le Petit Prince est un best-seller planétaire!"

Signé Manao


LES THAIS SERAIENT SUPERSTITIEUX, TIENS TIENS...

Devenons-nous ce que nous sommes, ou sommes-nous ce que nous devenons? Quelle que soit la réponse, il est certain que les croyances influencent la culture. Nos amis thaïs (enfin, presque tous!) sont attachés à certaines règles parfaitement… irrationnelles pour nous occidentaux (enfin, presque nous tous!).

Par exemple, nos hôtes associent la numérologie à beaucoup de leurs activités. Entre autres: pour eux, le chiffre 9 est synonyme de progrès, tout simplement parce que phonétiquement, le mot thaï pour 9 (kào) évoque l'équivalent [thaï] de notre "grand pas en avant" (kào nah). Et dans la pratique, lorsqu'un hôtel rénove une de ses annexes, la direction en planifie [auspicieuse ment] la réouverture précisément à 9 h 09 du matin, de préférence par un des cadres supérieurs, voire -et de préférence- le gouverneur de la province, qui est invité à couper le ruban. Inversement, et c'est bien le cas de le dire, le 6 ("hok") n'est pas considéré comme porte-bonheur car cela rime avec "tok", la chute, en thaï. D'où le fait que la plupart des thaïs évitent de programmer une cérémonie à une heure comportant le chiffre 6.

Vous avez certainement remarqué en Thaïlande qu'il y a souvent un temple en "miniature" devant les résidences privées (voire les hôtels et même les immeubles de société). En siamois, on appelle ça le Saan Phra Phoum. Ce n'est pas un abri pour les oiseaux, comme certains touristes, à première vue, pourraient le croire, mais c'est pour rendre hommage à l'esprit [et maître] du lieu, le "Jao-thi". Accompagnées par des prières et des salutations quasi quotidiennes, des offrandes (nourriture, eau lustrale, fleurs, encens..) sont régulièrement déposées sur son parvis par les habitants de la maison qui espèrent que cet esprit local veillera sur eux et leur maison autant qu'eux-mêmes veillent sur son bien-être.

Pour ceux qui ont un jardin, on plante des arbres avec des noms qui attirent la chance. Entre autres, le "ma yom" (donnant un fruit pourtant amer, appelé "groseille à maquereau", une grosse baie solitaire, verte, jaune ou rouge, employée notamment dans une sauce accompagnant le maquereau, nous parlons du poisson, bien entendu), qui est supposé garantir l'admiration des collègues de travail. La raison en est encore une correspondance phonétique: en thaï, admiration se dit "ni-yom" et donc rime avec "ma-yom". A noter que, par respect pour cet arbre, les thaïs n'y attacheraient jamais une corde à linge, par exemple. Faisant aussi partie de l'arboretum porte-bonheur, le jaquier, ou arbre à pain, est aussi très prisé car cela se dit "kanoun" en thaï et n'est pas sans rappeler l'expression "sanap-sanoun", i.e. le soutien (physique, moral et pourquoi pas… économique!), notamment de la part du milieu professionnel.

Tout ceci est évidemment en ligne directe avec les mantras hindous qui sont des formules rituelles, en langue sanskrite, censées contenir et donner un pouvoir spirituel (au récitant) en alliant signification, rythme et sonorités. Vous aurez aussi remarqué que les lézards (jing jok) sont très respectés dans les maisons thaïes. Outre le fait qu'ils vous débarrassent des insectes, ils servent également de bons ou mauvais augures: s'il y en a un qui tombe devant vous au moment où vous devez sortir, cela ne présage rien de bon, mieux vaut reporter le départ. Si vous êtes confortablement installé sur votre sofa pour passer la soirée en famille et qu'un lézard vous choit sur la partie gauche (de votre anatomie), c'est négatif. Par contre c'est considéré comme positif s'il atterrit sur votre dextre (j'ai bien dit dextre!). Mais dans la plupart des cas, il reste collé au plafond, fort des crampons que la nature lui a donnés.

Les thaïs interprètent aussi les manifestations corporelles, telles que les tremblements impromptus des paupières (pour nous, ce n'est qu'un phénomène nerveux, pour eux c'est carrément un mauvais signe). Vous éternuez, c'est que quelqu'un parle de vous, mais sans doute en bien. Vos paumes vous démangent? C'est signe que vous allez recevoir de l'argent, alors continuez de gratter!

Beaucoup de thaïs sont persuadés que le mercredi n'est pas indiqué pour se couper les cheveux (et tout ce qui pousse: ongles, barbe, poils de nez…) mais personne n'est capable d'expliquer pourquoi, d'autant plus qu'en Inde (dont la civilisation a eu une influence prédominante en Thaïlande), c'est justement le jour favori pour passer la tondeuse et se faire rafraîchir le caillou. En Thaïlande, certains salons de coiffure ferment justement ce jour là, vu la maigre fréquentation. Peut-être cela vient-il d'un mauvais évènement capillaire associé (dans un passé lointain) au mercredi, de même que la plupart des superstitions ont pour origine de simples incidents, parfois récurrents, mais anecdotiques. Quoiqu'il en soit, les thaïs vous diront que si vous allez chez le coiffeur un mercredi, cela risque de vous enlaidir (personnellement, je n'ai rien à craindre), donc soyez prudents, car, affirment les autochtones (enfin, ceux qui observent ces coutumes): "Mai chua, ya lop lou", i.e. même si vous n'y croyez pas, respectez ces croyances et ne riez surtout pas, on ne sait jamais, vous pourriez peut-être en pâtir. Comme disait l'autre: "Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur!"

Un croyance très répandue, de tous temps, dans le monde entier, et que partagent les thaïs: si un corbeau vous fixe en croassant, c'est mauvais signe. De même, et c'est plus insolite, si une araignée se frappe la poitrine de ses petites pattes, devant vous, dans une attitude de défiance, le mauvais œil est sur vous!

Voici encore quelques interdits observés par les thaïs: Ne pas chanter en cuisinant (peut-être pour les postillons?), Ne pas balayer après le coucher du soleil (ne subissant plus le poids des rayons solaires, les particules de poussière restent en suspens et on risque donc de les inhaler), Ne pas [se] regarder dans un miroir la nuit (sans doute par peur des fantômes), Ne pas quitter le domicile si vous entendez le cri du lézard (…), Ne pas dormir la tête à l'ouest (mais plutôt à l'est, c'est supposé favoriser la connaissance), Ne pas coudre les vêtements que vous portez (vous pourriez vous piquer, sans doute!), Ne jamais poser le pied sur le seuil d'une porte (cela interfère avec le courant énergétique du lieu), de même, pour une femme vierge, éviter de s'asseoir sur un seuil de porte (car son futur bébé aura du mal à "sortir"), Ne pas passer sous une corde à linge lorsque l'on porte une amulette (on risque d'attirer le malheur).

Justement: comme dans beaucoup d'autres pays et dans les différentes religions (Christianisme, Islam, Hindouisme…), mélangeant allègrement, la philosophie, le pragmatisme forcené et les croyances irrationnelles, le bouddhisme thaï s'accommode fort bien d'amulettes, de fétiches, de grigris et autres talismans qui ont une place importante dans la vie quotidienne. Paradoxalement (ou fort logiquement?), de par le vaste monde, la spiritualité, le matérialisme et les superstitions produisent un savoureux cocktail qui connaît un franc succès parmi les populations. En Thaïlande, ce sont plutôt les hommes qui portent une ou plusieurs statuettes du Bouddha (ou de saints bouddhistes) enchâssées et enchaînées autour du cou. Certaines ont des buts bien spécifiques. Par exemple pour faciliter les conquêtes féminines (voire masculines, c'est selon), pour se protéger des armes, pour éloigner les mauvais esprits, pour gagner à la loterie, ou simplement pour garantir son bien-être. Généralement, les femmes préfèrent aller au temple ou fleurir leurs autels domestiques, mais leurs motifs ne sont pas moins désintéressés: trouver un bon mari, le conserver longtemps, fidèle et bienveillant, avoir une belle maison, avoir de beaux enfants qui réussissent aux examens, et ainsi de suite. La plupart des amulettes s'obtiennent pour un baht symbolique dans les temples et sont bénies par les moines, mais certaines se revendent dans les arrière-boutiques (ou sous le manteau) et à des prix astronomiques, répondant aux lois de l'offre et de la demande (correspondant au potentiel qu'on leur attribue), exactement comme les valeurs boursières. On peut vraiment parler d'un marché parallèle (et forcément clandestin) alimenté et animé par des spéculateurs très au fait de ce genre de produits.

Les tatouages font partie intégrante de la panoplie de ceux qui croient pouvoir modifier leur destin par des stratagèmes censés tromper l'ennemi. Les thaïs les portent comme boucliers mais ceux-ci résistent rarement à un coup de couteau ou à une balle de 9 mm. A l'origine, le tatouage avait une fonction ethnique ou thérapeutique (et cela se trouve encore) mais de nos jours cela relève beaucoup plus de la croyance aveugle et de la coquetterie, voire de la mode pure et simple, une superficialité que d'ailleurs beaucoup regrettent sur le tard. Penser s'attirer les faveurs du ciel en se faisant graver un symbole religieux traduit une certaine naïveté même si cela exprime aussi un respect sincère pour une certaine philosophie. Les textes hindous (qui ont grandement influencé le bouddhisme) expliquent qu'il y a six "occurrences personnelles" dans la vie de l'être humain sur lesquelles il est difficile [pour lui] d'avoir une influence directe, quoiqu'il fasse. Ce sont la naissance et la mort, le gain et la perte, l'honneur et la honte. Les mandalas (représentations géométriques et symboliques, dans le brahmanisme et le bouddhisme) sont des diagrammes (dessins) supposés éloigner les fantômes (et les esprits chagrins). On en trouve dans les moyens de transport (voitures, taxis, autobus, camions…) et sur les portes des maisons qui préfèrent éviter les visiteurs du soir (et désincarnés).

A l'inverse des occidentaux qui les recherchent comme des objets précieux, les thaïs ne s'intéressent pas aux meubles anciens car ils pensent qu'ils sont toujours attachés aux âmes de leurs défunts propriétaires. Par contre, certains fantômes sont très sollicités: entre autres, Phoum Phouang, la chanteuse de musique "country" (thaïe), décédée il y a bientôt dix ans, était originaire de Suphanburi. Certains habitants du coin ont cru la voir hanter le secteur et ils lui ont construit une "chapelle" qui attire de plus en plus de fidèles: la plupart viennent dans l'espoir d'obtenir les numéros gagnants de la loterie. Comme dans les temples "classiques", ils secouent un récipient contenant des baguettes de bambou numérotées pour faire sortir le chiffre de la chance. Ce lieu de pèlerinage est très fréquenté les jours qui précèdent les tirages de la loterie nationale (1er et 16 du mois). Mais, en Thaïlande comme ailleurs, ceux qui gagnent le gros lot sont surtout les astrologues, médiums, voyants (mau-dou), télépathes et autres devins qui n'ont pas de souci à se faire: leur avenir est assuré!

Signé Manao

Homepage | Histoire | Géographie | Bouddhisme | Royauté | Littérature | Alphabet | Lexique | Manifestations
Associations | Cartographie | Actualités | Lois Thaï | Annuaire | Tourisme | Restaurants | Hits Thai | Vidéo
MP3 | Karaoké | Photos | Forum | Chat | Liens | FAQ | Visa | Recherche | E.Mail



Hit-Parade

Nb de visiteurs: 1762193
Nb de visiteurs aujourd'hui: 327
Nb de connectés: 13